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Suspentes

Les groupes de suspentes, l’âme et la gaine, les raccords, les charges qu’elles portent et ce que change une rangée trop longue ou trop courte.

Les groupes de suspentes

Une lettre par point d’accrochage. Un groupe de suspentes se définit par l’endroit où ses suspentes s’attachent sous la calotte (N°29). La rangée A tient le bord d’attaque (N°30) ; viennent ensuite B, C, D, et enfin F, les suspentes de commande, c’est-à-dire les freins. Les freins tiennent le bord de fuite (fiche « Les freins »).

On compte de trois à cinq groupes ; il n’y a parfois pas de groupe D. Les stabilos ont un groupe à eux, qui rejoint en général l’élévateur des B ou des C. Plus bas, les sangles d’élévateur, qui mènent les suspentes à la sellette, sont nommées de la même façon, de A à D depuis l’avant (fiche « Les élévateurs »).

De côté : une rangée par point d’attache F avant vers les élévateurs De derrière : les cascades F F S élévateurs gauche et droit De dessous : une bande par rangée F S S bord d’attaque Chaque rangée s’accroche à sa place, de l’avant vers l’arrière ; elle se ramifie en cascade. F : les freins (tirets), au bord de fuite, derrière les autres rangées ; S : les suspentes du stabilo. vue de côté : suspentes raccourcies ; dessous : à plat, une attache sur trois ; schéma
Les groupes de suspentes. De côté, chaque rangée s’accroche à sa place, de l’avant vers l’arrière ; F, les freins, partent du bord de fuite, derrière les autres. De derrière, chaque rangée se ramifie en cascade jusqu’à la voile, et les freins de chaque côté ; S, les suspentes du stabilo. De dessous, chaque rangée forme une bande sur toute l’envergure.

Piège. La couleur aide à démêler, sur certaines ailes seulement ; ce qui fait le groupe, c’est l’attache.

Ce qu’on demande à une suspente

Deux exigences (N°31) :

Exigence Pourquoi
diamètre petit, charge forte moins de traînée parasite
très peu d’élasticité un profil précis et stable

Le chiffre à retenir : 3 cm pour 6 m, sous 50 N, à peu près 5 kg. C’est l’allongement toléré aujourd’hui, en ordre de grandeur (N°32) ; sur 600 cm, 3 cm font 0,5 %. Peu élastique ne veut donc pas dire inextensible : l’âme est faite de fibres « de faible extension ».

Le prix de la minceur. À résistance égale, une suspente plus fine traîne moins, mais forme plus facilement des nœuds ; par exemple 1 mm contre 1,5 mm (N°39).

Moyen mnémotechnique : une bonne suspente est fine, solide et presque inextensible ; sa minceur se paie en nœuds.

L’âme et la gaine

La plupart des suspentes ont deux parties : une âme, ou cœur, entourée d’une gaine, ou manteau (N°33, N°34).

Partie Matériau Rôle
âme Dyneema, plus rarement Kevlar fibres solides, peu extensibles
gaine Nylon tressé protéger l’âme

Le Dyneema est un polyéthylène, blanc ; le Kevlar, un aramide, jaune brun clair. Le Kevlar a peut-être un léger avantage de solidité et de raideur à diamètre égal, mais il vieillit moins bien : l’usure le fragilise. La gaine protège l’âme de la lumière et des frottements.

m gaine (manteau) c âme m : gaine, en Nylon tressé : protège l’âme de la lumière et des frottements c : âme (cœur), au centre, de fibres fines, solides et peu extensibles : Dyneema, plus rarement Kevlar agrandi : une suspente fait 1 à 1,5 mm de diamètre
Une suspente coupée : m, la gaine, ou manteau, en Nylon tressé, qui protège l’âme ; c, l’âme, ou cœur, au centre, faite de fibres fines, solides et peu extensibles.

Deux inconvénients de la gaine :

Risque Exemple Effet
rétrécissement gaine sale et humide suspente plus courte
rupture blanche suspente écrasée ; trempée, puis gelée âme abîmée, cachée
  • Le rétrécissement. Faite d’autres fibres que l’âme, la gaine peut se contracter : la suspente raccourcit alors avec le temps, même si son âme s’étire peu (N°35, N°45).
  • La rupture blanche. La gaine peut masquer une âme gravement abîmée, et la suspente est alors sérieusement affaiblie. Deux exemples : marcher sur les suspentes, et, « un autre exemple classique », la congélation d’une suspente détrempée (N°38).

Piège. Le froid et l’humidité ne mènent pas à la même avarie. Une suspente trempée qui gèle : rupture blanche de l’âme (N°38). Une gaine sale et humide : suspente qui rétrécit (N°45).

Moyen mnémotechnique : l’âme tient, la gaine protège ; mais la gaine peut rétrécir, et cacher une âme cassée.

Boucles et raccords

Trois façons de boucler ou de joindre une suspente, comparées par ce qu’elles lui coûtent en résistance (N°36, N°37) :

Technique Résistance
épissure pas de perte significative
couture jusqu’à 40 % de perte, surtout en aramide
nœud simple peut perdre plus de la moitié

L’épissure joint deux bouts de suspente en entrelaçant les fibres de l’âme ; pour les boucles en aramide, mieux vaut l’épissure.

a épissure perte : pas significative zone de l’épissure (agrandie) le bout entre dans la suspente ; les fibres des deux âmes s’entrelacent (gaine coupée pour voir) maillon b couture perte : jusqu’à 40 % le bout replié le long de la suspente, cousu en zigzag c nœud simple perte : plus de 50 % Pertes de résistance de la suspente. Pour les boucles en aramide, mieux vaut l’épissure. maillon : la boucle s’y accroche ; agrandi, schéma
Trois façons de boucler ou de joindre une suspente, avec ce qu’elles lui coûtent en résistance. a : l’épissure ; le bout entre dans la suspente et ses fibres s’entrelacent avec celles de l’âme (agrandi), sans perte significative. b : la couture, des points en zigzag, jusqu’à 40 % de perte. c : un nœud simple, plus de la moitié.

Le raccord à la voile. Une suspente peut être fixée à l’intrados par un nœud : sa boucle cousue passe autour d’une patte de la voile et s’y serre (photo ci-dessous). Ces « nœuds par boucle cousue » simplifient la maintenance, puisqu’on remplace facilement une suspente défectueuse, et n’affaiblissent pas le matériel de façon significative (N°41).

Une suspente nouée sur l’intrados. À gauche, la boucle cousue qui termine la suspente passe autour de la patte fixée à la voile ; à droite, elle est serrée. La couture en zigzag ferme la boucle. Oberson & Vallotton, Matériel, p. 11 ; même photo chez Leneuf, p. 9.
Une suspente nouée sur l’intrados. À gauche, la boucle cousue qui termine la suspente passe autour de la patte fixée à la voile ; à droite, elle est serrée. La couture en zigzag ferme la boucle. Oberson & Vallotton, Matériel, p. 11 ; même photo chez Leneuf, p. 9.

Piège. Deux nœuds à ne pas confondre. Un nœud simple fait sur la suspente elle-même peut lui ôter plus de la moitié de sa résistance. Le raccord de N°41 noue sur la voile une boucle déjà cousue, sans affaiblissement significatif.

Les charges

L’avant porte le plus. La portance est maximale sur la partie avant du profil ; l’essentiel, les 2/3, naît sur le premier tiers de l’aile (fiche « Aspiration dessus, pression dessous »). Les rangées A et B, à elles deux, portent ainsi plus du double de la charge des rangées C et D (N°40) : ce sont des suspentes à forte charge. Les 2/3 illustrent l’idée, sans donner la part exacte de A et B. Côté élévateurs, ce sont les D qui portent le moins (fiche « Quelles sangles portent le moins ? »).

Piège. On lit aussi « le double ». À l’examen, retenir « plus du double ».

Une charge de traction. Tissu et suspentes sont souples : les pièces d’un parapente travaillent essentiellement en traction (N°61). Chargée jusqu’à sa résistance maximale à la traction, une pièce ne garde pas, on peut s’y attendre, ses dimensions ni sa résistance d’origine (N°60). Les quatre types de charge, et le risque de l’acrobatie : fiche « Pourquoi une aile s’étire ».

Des longueurs qui bougent

Ce qui change la longueur d’une suspente (N°43, N°44, N°45) :

Cause Longueur
charges de l’usage normal allongement définitif
forte surcharge (accrochage) allongement définitif
gaine sale et humide rétrécissement
  • L’usage normal suffit. Chaque rangée porte une charge différente, et ces charges peuvent allonger les suspentes pour de bon.
  • L’accrochage. Une suspente qui reste prise, au décollage ou à l’atterrissage, ou au sol pendant le gonflage, subit une très forte surcharge ; elle peut en rester plus longue, et l’aile, voler moins bien (N°44).

Pourquoi c’est grave : changer la longueur d’un groupe change toujours le profil, donc le vol (section suivante). Régler soi-même les longueurs n’est pas une solution (fiche « Des plis dans la voile »).

Une rangée plus longue ou plus courte

Cinq cas, dessinés sur la figure ci-dessous (N°46 à N°50). Première règle, pour les cinq : le profil change, et avec lui le comportement en vol.

vent relatif 1 A plus longues incidence augmente nez relevé 2 A plus courtes incidence diminue nez abaissé 3 B plus courtes à peu près la même mais le profil change 4 D plus longues incidence diminue nez abaissé 5 D plus courtes incidence augmente nez relevé trait plein : avant ; tirets : après trait mixte : la corde ; son angle avec le vent relatif (même direction partout) est l’incidence Dans les cinq cas, le profil change, et avec lui le comportement en vol. angles exagérés ; suspente raccourcie
Cinq profils dont une rangée de suspentes a changé de longueur ; en trait plein avant, en tirets après. 1 : A plus longues, le nez se relève, l’incidence augmente. 2 : A plus courtes, elle diminue. 3 : B plus courtes, l’incidence reste à peu près la même, mais le profil se creuse près de B. 4 : D plus longues, elle diminue. 5 : D plus courtes, elle augmente. L’incidence est l’angle entre la corde (trait mixte) et le vent relatif.
Cas Rangée Incidence
1 A plus longues augmente
2 A plus courtes diminue
3 B plus courtes à peu près la même
4 D plus longues diminue
5 D plus courtes augmente

Pourquoi. L’incidence est l’angle entre la corde du profil et le vent relatif (fiche « L’incidence »). Allonger l’avant ou raccourcir l’arrière relève le nez du profil par rapport à sa queue : l’incidence grandit. Raccourcir l’avant ou allonger l’arrière fait l’inverse.

Ce que l’incidence change en vol (N°51 à N°54) :

Effet Incidence ↑ Incidence ↓
gonflage plus lent, plus dur plus facile
vitesse plus lente plus rapide
fermeture frontale moins probable plus probable
vol parachutal plus probable moins probable

Le gonflage plus dur demande plus de force, comme si l’aile était freinée. La fermeture frontale touche le bord d’attaque. En vol parachutal, l’aile descend plus vite et avance moins vite qu’en vol plané normal.

Les mêmes leviers, voulus. L’accélérateur raccourcit l’avant, les trims rallongent l’arrière : deux façons de réduire l’incidence pour voler vite (fiche « Voler plus lentement, ou plus vite »). Des A rétrécies ou des D allongées vont dans le même sens, mais de façon durable et sans que personne l’ait choisi.

Moyen mnémotechnique : avant plus long ou arrière plus court, incidence plus grande, aile plus lente ; avant plus court ou arrière plus long, incidence plus petite, aile plus rapide. Les B déforment le profil sans toucher à l’incidence.

Piège. Une réponse qui garde le profil identique est fausse dans les cinq cas. Une réponse qui garde l’incidence identique ne vaut que pour les B raccourcies (N°48).

Suspentes longues ou courtes

Il s’agit ici de la longueur de toutes les suspentes, pas d’une rangée (N°56, N°57). CG : le centre de gravité.

Suspentes CG Oscillations
plus longues (7 m) plus bas plus amples
plus courtes (5 m) plus haut moins amples

Les oscillations se font autour des axes de vol, roulis, tangage et lacet (fiche « Les trois axes »), lors de changements rapides de direction.

Moyen mnémotechnique : suspentes plus longues, centre de gravité plus bas, oscillations plus amples ; plus courtes, l’inverse.

Réparer, se poser

Une suspente coupée ou très abîmée, au décollage : on ne vole pas. Sur place, impossible de s’assurer qu’une réparation aurait la bonne longueur et assez de solidité : ni vol sans elle, ni nœud, ni ficelle. C’est encore plus vrai pour les A et les B, qui portent le plus (N°40 ; N°55). Le remplacement se fait chez le constructeur ou son représentant, ou chez une personne compétente.

La pièce de rechange est une suspente d’origine, fournie par le constructeur ou son représentant (N°42, signalée).

À confirmer. N°42 est signalée pour sa traduction : dans l’original allemand, qui fait foi, une proposition fausse demande des suspentes de même « dimension » que les anciennes ; la version française dit « de même longueur », ce qui semble raisonnable. La réponse officielle, des suspentes d’origine, est la même dans les deux langues.

Après l’atterrissage, la voile ne doit pas tomber en avant (N°59). L’enchaînement :

  1. la voile tombe brusquement en avant, contre le sol ;
  2. l’air des caissons ne peut plus s’échapper par leurs ouvertures ;
  3. la pression monte dans la calotte ;
  4. les parois entre les caissons peuvent s’abîmer, voire se déchirer.

Il faut veiller à ce qu’elle tombe sur le côté ou en arrière. Voir aussi fiche « Après l’atterrissage ».

Pièges entre questions voisines

  • A et B contre C et D : « plus du double » (N°40) ; on lit aussi « le double ».
  • Allonger A = raccourcir D : incidence plus grande, aile plus lente, plus parachutale (N°46, N°50, N°51, N°54).
  • Raccourcir A = allonger D : incidence plus petite, aile plus rapide, plus de fermetures frontales (N°47, N°49, N°52, N°53).
  • B raccourcies : incidence à peu près la même, profil modifié (N°48).
  • Froid ou humidité ? Suspente trempée qui gèle : rupture blanche (N°38). Gaine sale et humide : rétrécissement (N°45).
  • Couture, épissure, nœud : jusqu’à 40 % de perte (N°36) ; pas de perte significative (N°37) ; le raccord noué sur la voile simplifie la maintenance (N°41).
  • 5 m ou 7 m : longues, centre de gravité bas et oscillations amples (N°56) ; courtes, l’inverse (N°57).
  • Réparer : suspente d’origine (N°42, signalée), jamais de bricolage ni de vol sans elle (N°55).