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Vent

Lire un bulletin de vent, les brises de vallée, de montagne et de pente, et les trois sortes de turbulence : où et quand.

Direction et force du vent

Un vent porte le nom de la direction d’où il vient, pas de celle où il va. Un vent du nord arrive du nord, même s’il souffle vers le sud.

On donne cette direction avec les points cardinaux ou en degrés sur la rose des vents : 0° au nord, puis 90° à l’est, 180° au sud et 270° à l’ouest.

N NE E SE S SW W NW 0° = 360° 45° 90° 135° 180° 225° 270° 315° un vent de 135° : il vient du SE et souffle vers le NW
Rose des vents. 0° (= 360°) : nord (N) ; 45° : nord-est (NE) ; 90° : est (E) ; 135° : sud-est (SE) ; 180° : sud (S) ; 225° : sud-ouest (SW) ; 270° : ouest (W) ; 315° : nord-ouest (NW). Les pointillés marquent la limite des secteurs, à mi-chemin entre deux directions. La flèche est un vent de 135° : il vient du sud-est et souffle vers le nord-ouest.

Une valeur intermédiaire se range dans le secteur le plus proche. Exemples de la carte synoptique (fiche « Le vent ») : 280° est un vent de secteur ouest, 130° de secteur sud-est, 210° de secteur sud-ouest, 310° de secteur nord-ouest.

Piège. Le vent va vers la direction opposée à son nom. Un vent de 135° vient du sud-est et souffle donc vers le nord-ouest. Une réponse qui donne la direction où va le vent confond les deux.

La force du vent se donne en km/h, en m/s ou en nœuds (kt).

Des nœuds aux km/h : on double, puis on retire un dixième du résultat.

  • 10 kt : 2 × 10 = 20, moins 2 : 18 km/h.
  • 15 kt : 2 × 15 = 30, moins 3 : 27. La règle ne retire que « 10 % environ » : on arrondit à environ 28 km/h.
  • 25 kt : 2 × 25 = 50, moins 5 : 45 km/h.

Autrement dit, la valeur en km/h vaut presque le double de la valeur en nœuds. Un résultat en km/h plus petit que le nombre de nœuds, ou égal, est forcément faux.

Lire un bulletin de vent

Le bulletin pour le vol à voile donne le vent altitude par altitude, sous la forme direction/force. « 070°/15 kt » à 1000 m signifie : à 1000 m, le vent vient de 070° et souffle à 15 nœuds, soit un vent de nord-est (plus précisément d’est-nord-est) d’environ 28 km/h.

Pour lire un bulletin entier, on compare les altitudes entre elles : là où le vent change nettement de direction ou de force, on risque du cisaillement (fiche « Turbulences de cisaillement »).

Les brises locales

Le vent général vient des anticyclones et des dépressions, les centres d’action, et couvre de grandes régions. À plus petite échelle, régionale ou locale, s’ajoutent des brises, créées par des différences de température entre surfaces voisines.

Dans chacun des exemples qui suivent, l’air part de la surface la plus fraîche vers celle qui est la plus chaude.

Brise de mer et brise de terre

  • Le jour, le soleil réchauffe la côte plus vite, et davantage, que l’air au-dessus du lac. L’air circule alors du lac vers la côte : c’est le vent du lac, ou brise de mer.
  • La nuit, c’est l’inverse. L’eau, qui a une grande capacité calorifique, a stocké de la chaleur : la côte devient plus fraîche que le lac, et l’air circule de la côte vers le lac. C’est le vent de terre.
Le jour : brise de mer (vent du lac) dépression lac : plus frais côte : se réchauffe plus vite La nuit : vent de terre dépression lac : a gardé sa chaleur côte : plus fraîche
Brise de mer le jour (en haut), vent de terre la nuit (en bas). La couleur de l’air dit sa température : bleu plus frais, ocre plus chaud. Le jour, la côte se réchauffe plus vite que le lac : l’air part du lac, se réchauffe sur la côte et y monte (« dépression ») ; un nuage peut se former là où l’air monte. L’air revient en altitude en se refroidissant. La nuit, le lac a gardé sa chaleur : la boucle tourne dans l’autre sens.

Piège. Comme pour la direction du vent, le nom dit d’où vient l’air. La brise de mer, ou vent du lac, vient du lac et souffle vers la côte, le jour. Le vent de terre vient de la côte et souffle vers le lac, la nuit.

Vent de vallée et vent de montagne

C’est le même principe que la brise de mer, mais entre le fond d’une vallée et ses sommets.

  • Le vent de vallée, qu’on appelle aussi vent d’aval ou brise montante, souffle le jour. Il remonte la vallée : il part de sa partie basse, large et fraîche, vers l’amont, ses petites vallées suspendues et ses sommets. Ceux-ci se réchauffent plus vite au soleil.
  • Le vent de montagne, qu’on appelle aussi vent d’amont ou brise descendante, souffle la nuit, quand le soleil ne chauffe plus. Il descend des sommets et des petites vallées suspendues, qui se refroidissent plus vite, vers la grande vallée principale, large et profonde, qui se refroidit plus lentement.
Le jour : vent de vallée vent d’aval, brise montante dès la fin de matinée les sommets se réchauffent plus vite la partie basse, large, est plus fraîche vent de vallée vallée suspendue aval amont La nuit : vent de montagne vent d’amont, brise descendante dès 18–19 h les sommets se refroidissent plus vite la grande vallée se refroidit plus lentement vent de montagne vallée suspendue aval amont
Vent de vallée le jour (en haut) et vent de montagne la nuit (en bas), en coupe le long de la vallée, de l’aval (à gauche) à l’amont (à droite). La couleur de l’air dit sa température : bleu plus frais, ocre plus chaud. Le jour, les sommets se réchauffent plus vite : l’air remonte la vallée depuis sa partie basse et large. La nuit, ils se refroidissent plus vite : l’air descend vers la grande vallée, qui se refroidit plus lentement. En altitude, l’air revient en sens inverse.
Vent de vallée Vent de montagne
Quand le jour la nuit
Sens de la vallée vers les sommets des sommets vers la vallée
Pourquoi les sommets se réchauffent plus vite que la vallée les sommets se refroidissent plus vite que la vallée
Début, en été en fin de matinée en soirée, vers 18–19 h

Moyen mnémotechnique : comme pour la direction du vent, le nom dit d’où il vient. Le vent de vallée vient de la vallée et monte vers les sommets ; le vent de montagne vient de la montagne et descend vers la vallée.

Heure, saison, ciel et altitude

  • Heure. En été, le vent de vallée démarre en fin de matinée et atteint sa plus grande force en milieu d’après-midi. Le vent de montagne se lève en général en soirée, vers 18–19 h.
  • Saison. Le vent de vallée suit la puissance du soleil et l’étendue du sol déneigé. Il culmine en juillet et en août, et tombe au minimum en décembre et en janvier.
  • Ciel. Un ciel dégagé le renforce ; un ciel couvert l’affaiblit. Situation typique d’un vent de vallée marqué : ciel dégagé, ou en partie dégagé, en milieu d’après-midi.
  • Altitude. Selon la réponse officielle, le vent de vallée se renforce à mesure que l’altitude diminue (N°93, signalée : voir la note ci-dessous). Dans les vallées larges, il s’efface peu à peu vers 2000 m d’altitude, où le vent météo général prend le dessus.

À confirmer. N°93 est signalée. La FSVL (Fédération suisse de vol libre) a corrigé sa version française en septembre 2026 : dans toutes les langues, la réponse officielle est maintenant que le vent de vallée se renforce à mesure que l’altitude diminue (le français disait avant « en prenant de l’altitude »). Leneuf (Météo, p. 20) écrit au contraire « Avec l’altitude, le vent de vallée forcit ». À l’examen, retenir la réponse officielle.

Brises de pente et thermiques de montagne

  • Le long de chaque paroi au soleil monte une brise de pente : une couche d’air mince, épaisse de quelques dizaines de mètres, qui colle à la pente. C’est ce petit vent de face, d’origine thermique, qui facilite le décollage.
  • Les thermiques de montagne, à ne pas confondre avec la brise de pente, en sont une variante, d’origine convective elle aussi. Mais ils finissent par quitter la paroi et montent jusqu’au sommet de la couche convective, un peu à l’écart de la pente. Ils sont plus espacés, plus cylindriques, et ne naissent que là où le soleil chauffe particulièrement bien le sol, à l’abri du vent de vallée. En général, ils sont plus forts et plus réguliers que les thermiques de plaine : une colonne d’air qui monte plutôt qu’une bulle.
  • La nuit, chaque paroi se refroidit en rayonnant. Elle crée une mince brise qui descend la pente. Au fond de la vallée, ces brises se rejoignent et forment le vent de montagne.

Où monte l’air dans une vallée ?

On regarde ici la vallée en coupe, perpendiculairement à son axe.

  • Le jour, les brises de pente montent le long des versants et au-dessus d’eux. Là-haut, l’air repart vers le centre de la vallée et s’y enfonce doucement, comme l’air d’un anticyclone qui s’affaisse. Sur le bas des versants, le vent de vallée, qui les longe de côté, empêche les ascendances de se former : un sol balayé par le vent ne laisse pas se former la poche d’air chaud d’où part un thermique. Les ascendances se trouvent donc surtout sur le haut des versants.
  • En début de nuit, les brises de pente descendent. Elles convergent vers le centre et le fond de la vallée, puis l’air remonte doucement au milieu de la vallée.
  • La restitution. En soirée, cette ascendance au milieu de la vallée peut suffire à garder un planeur en l’air un moment. Elle ne dure que quelques dizaines de minutes.
Le jour ascendance ascendance redescend lentement brises de pente ⊙ vent de vallée : il balaie le bas des versants Le soir restitution : l’air remonte au milieu quelques dizaines de minutes brises de pente descendantes ⊗ vent de montagne : les brises se rejoignent
Coupe d’une vallée, perpendiculaire à son axe. La couleur de l’air dit sa température : ocre plus chaud (réchauffé par la pente, ou en s’affaissant au milieu), bleu refroidi par la pente, gris quand elle n’est pas en jeu. En haut, le jour : les brises de pente montent sur le haut des versants, l’air revient vers le centre en altitude et y redescend lentement ; le vent de vallée (⊙, il remonte la vallée vers nous) balaie le bas des versants. En bas, le soir : les brises de pente descendent et se rejoignent au fond en vent de montagne (⊗, il descend la vallée) ; l’air remonte au milieu : c’est la restitution.

Moyen mnémotechnique : le milieu de la vallée fait toujours l’inverse des pentes. Le jour, l’air monte le long des pentes et redescend au milieu ; le soir, il descend le long des pentes et remonte au milieu.

Piège. Le jour, l’air redescend au centre de la vallée. La restitution est le mouvement inverse, le soir : l’air qui remonte au milieu de la vallée (N°140).

Les turbulences

Une turbulence, c’est un vent qui change soudain de direction ou de force sur une petite zone, ou qui tourbillonne. Les turbulences viennent du vent : un vent plus fort les rend plus fréquentes, plus violentes et plus dangereuses. D’où trois conseils :

  • ne pas voler par vent fort, ni là où le vent s’accélère (vallée qui se rétrécit ou qui tourne) ;
  • atterrir sans attendre quand le temps tourne à l’orage ;
  • se méfier d’un orage proche : il amène souvent des rafales très fortes et irrégulières.

On distingue trois types de turbulences, selon leur origine :

Type Cause Où
Mécaniques le vent se heurte aux obstacles du sol (relief, bâtiments, arbres) près du sol, et surtout sous le vent des obstacles
De cisaillement deux couches d’air voisines ont des vents de direction et/ou de force différentes à la limite entre les deux couches
Thermiques la convection : des bulles d’air chaud montent à la limite entre l’air qui monte et l’air qui descend ou reste calme, et au sommet de la couche convective

Moyen mnémotechnique : mécaniques = le sol ; cisaillement = deux vents ; thermiques = le soleil.

Turbulences mécaniques

  • Elles naissent quand le vent rencontre les obstacles solides du sol. Le côté de l’obstacle qui fait face au vent est dit au vent ; le côté abrité, derrière, est dit sous le vent.
  • Les turbulences les plus fortes sont sous le vent. Derrière l’obstacle, elles peuvent s’étendre sur une distance allant jusqu’à dix fois sa hauteur. Règle : ne jamais voler sous le vent d’un relief ou d’un obstacle, et y penser en choisissant un atterrissage.
  • Près du sol, les obstacles freinent le vent. Au sol, le vent est donc plus faible et plus turbulent qu’à 300 m au-dessus ; à 300 m/sol, il est plus fort et moins turbulent.
bien plus haut, à 300 m/sol : plus fort, moins turbulent h jusqu’à 10 h près du sol : plus faible, plus turbulent au vent sous le vent : les turbulences les plus fortes
Turbulences mécaniques. Près du sol, le vent, plus faible, bute sur une maison et un arbre de hauteur h ; sous le vent, il forme des tourbillons sur une distance qui peut aller jusqu’à 10 h, dessinée à l’échelle. Bien plus haut, à 300 m/sol, il est plus fort et moins turbulent. Le vent est gris : sa température n’est pas en jeu ici.

Piège. « Au vent », c’est le côté de l’obstacle qui reçoit le vent ; « sous le vent », le côté abrité, derrière. Abrité ne veut pas dire calme : c’est sous le vent que les turbulences sont les plus fortes.

L’effet Venturi. Pour franchir un grand relief, le vent est obligé de monter. Au-dessus de l’arête, l’air passe par une section plus étroite. Comme la même quantité d’air doit passer, le vent accélère au-dessus de l’arête. On retrouve cet effet, et les turbulences qui l’accompagnent sous le vent, à côté d’un relief que le vent contourne et dans une vallée qui se rétrécit.

De côté : un relief section large section étroite : le vent accélère sous le vent Vu d’en haut : une vallée qui se rétrécit le vent accélère dans le passage étroit
Effet Venturi. De côté : le vent doit monter pour franchir le relief ; au-dessus de l’arête, il passe par une section plus étroite et accélère. Les tourbillons sont surtout sous le vent ; un plus petit au pied de la pente. Vu d’en haut : même effet dans une vallée qui se rétrécit. Le vent est gris : sa température n’est pas en jeu ici.

Piège. Sur la figure, les lignes se serrent au-dessus de l’arête : c’est là que le vent va le plus vite. Des lignes serrées veulent dire un vent plus fort, pas un vent freiné.

Turbulences de cisaillement

  • Elles apparaissent à la limite entre deux masses d’air dont les vents diffèrent, par la direction, par la force, ou les deux. Les deux couches glissent l’une contre l’autre.
  • Exemple de bulletin (N°81) : vent de nord-est de 10 à 15 kt à 1000 et 2000 m, vent de sud-ouest d’environ 10 kt à 3000 et 4000 m. Le vent change de direction entre 2000 et 3000 m : c’est là qu’on risque le cisaillement.
  • Le gradient de vent : le vent ralentit sans changer de direction. On le trouve surtout au-dessus d’un sol plat : à quelques mètres du sol, ou même à quelques centimètres, la surface freine le vent, alors que quelques dizaines de mètres plus haut il souffle librement.
Deux vents différents exemple de bulletin 4000 m 3000 m 2000 m 1000 m cisaillement vent de SW ≈ 10 kt vent de NE 10–15 kt SW ← → NE Gradient de vent même direction, plus faible en bas vent libre, quelques dizaines de mètres plus haut freiné près du sol sol plat
Turbulences de cisaillement. En haut, un exemple de bulletin : vent de nord-est à 1000 et 2000 m, vent de sud-ouest à 3000 et 4000 m. Les deux couches glissent l’une contre l’autre ; des tourbillons naissent à leur limite, entre 2000 et 3000 m. En bas, le gradient de vent : même direction, mais le vent faiblit en approchant du sol plat (flèche plus courte). Le vent est gris : sa température n’est pas en jeu ici.

Piège. « Cisaillement » fait penser à des cisailles, mais il ne s’agit pas d’un courant d’air coupé par un obstacle. Un obstacle au sol donne des turbulences mécaniques. Le cisaillement, c’est deux couches d’air qui glissent l’une contre l’autre avec des vents différents (N°96).

Turbulences thermiques

  • Elles accompagnent la convection : le sol chauffé par le soleil réchauffe l’air qui le touche, et des bulles d’air chaud s’en détachent et montent.
  • Les tourbillons se forment surtout à la limite entre l’air qui monte et l’air qui descend, ou qui reste calme, ainsi qu’au sommet de la couche convective.
  • On peut les voir comme une variante du cisaillement : à cette limite, deux masses d’air voisines bougent différemment. Mais leur cause est la convection.
sommet de la couche convective air chaud air plus frais il descend ou reste calme tourbillons à la limite le sol chauffé par le soleil
Turbulences thermiques. Le sol chauffé par le soleil réchauffe l’air, qui monte au centre (ocre : plus chaud) ; de chaque côté, l’air plus frais descend ou reste calme (bleu). Les tourbillons naissent à la limite entre les deux, et au sommet de la couche convective.

Quelle turbulence, où et quand ?

En juillet, par beau temps, dans une vallée alpine où souffle un fort vent de vallée :

Heure Ce qui se passe Turbulences
vers 9 h le thermique ne s’est pas encore installé ; le vent de vallée n’a pas démarré les plus faibles de la journée (N°101)
vers 11 h le thermique est là, mais le vent de vallée n’est pas encore bien installé thermiques, moins de mécaniques et de cisaillement (N°103)
vers 15 h milieu d’après-midi : le vent de vallée est au plus fort les plus fortes (N°102)

En été, par beau temps, en début d’après-midi, quand souffle le vent de vallée :

Où Turbulences Pourquoi
au milieu de la vallée, à 20 m/sol (vent de 25 km/h au fond) mécaniques (N°99) près du sol, le vent bute sur les obstacles
au milieu de la vallée, à 500 m/sol, sous un vent météo de nord-ouest cisaillement (N°98) on passe du vent de la vallée au vent météo
au-dessus d’un versant sud, à 2800 m, à 13 h thermiques (N°100) versant sud en plein soleil vers midi